Donation aux enfants : abattements et transmission
100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans, don familial de 31 865 €, barème des droits, don manuel, nue-propriété : le mode d'emploi.

Une donation aux enfants profite d’un abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans. Un don familial de somme d’argent de 31 865 € s’y ajoute quand le donateur a moins de 80 ans. Au-delà, les droits suivent un barème progressif de 5 % à 45 %.
L’abattement parental, socle de la transmission
En ligne directe, la donation aux enfants bénéficie du régime le plus favorable du code général des impôts. Chaque parent dispose de 100 000 € de franchise sur ce qu’il transmet à chacun de ses enfants. Un couple fait donc passer 200 000 € vers un même enfant sans le moindre droit à régler.
Le compteur de cet abattement parental reste strictement individuel. Il se calcule donateur par donateur et donataire par donataire, jamais par foyer fiscal ni par patrimoine global.
La fiche du service public consacrée aux droits de donation, vérifiée le 13 mai 2026, fixe les montants suivants selon le lien de parenté :
- Enfant, ou parent qui reçoit de son enfant : 100 000 €.
- Petit-enfant : 31 865 €.
- Arrière-petit-enfant : 5 310 €.
- Époux ou partenaire de PACS : 80 724 €.
- Frère ou sœur : 15 932 €, neveu ou nièce : 7 967 €.
Un abattement spécifique de 159 325 € vise la personne handicapée, et il se cumule avec celui du lien de parenté. Un enfant en situation de handicap reçoit ainsi 259 325 € de chaque parent en franchise totale de droits.
Ces montants s’apprécient sur une période de quinze ans entre les deux mêmes personnes. Cette mécanique de compteur glissant gouverne toute la stratégie décrite plus bas.
La donation se distingue de la succession sur un point décisif : vous choisissez le moment, le bénéficiaire et le bien concerné. Un parent qui cède une résidence secondaire à 60 ans fige la situation tout de suite, quand une succession subit le calendrier de la vie et la valorisation du jour du décès.
Le don d’argent familial, 31 865 € en supplément
Un second dispositif se superpose au premier : le don familial de somme d’argent. Il exonère 31 865 € supplémentaires, également renouvelables tous les quinze ans, et se cumule avec l’abattement de parenté. Un parent transmet donc 131 865 € à son enfant majeur sans fiscalité.
Quatre conditions encadrent ce coup de pouce, toutes vérifiées au jour du don :
- Le donateur a moins de 80 ans révolus.
- Le bénéficiaire est majeur, ou émancipé.
- Le lien est direct : enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant, à défaut neveu ou nièce.
- La somme circule en argent : espèces, virement, chèque ou mandat.
Cette exonération ne couvre ni un appartement, ni un portefeuille de titres, ni une voiture. Un versement de 31 865 € encaissé le lendemain du quatre-vingtième anniversaire du parent perd son avantage et bascule dans le régime commun.
L’usage des fonds reste libre. Beaucoup d’enfants majeurs les orientent vers une enveloppe long terme, sur le modèle décrit dans notre article sur le fonctionnement et la fiscalité du plan épargne retraite, quand leur horizon dépasse vingt ans.
La preuve de la date compte autant que le montant transmis. Un virement identifié, un relevé bancaire conservé et une déclaration déposée auprès du service des impôts protègent l’enfant en cas de contrôle, puis au moment du règlement de la succession. Sans trace écrite, la remise d’argent devient très difficile à situer dans le temps.

Ce que vous payez au-delà des franchises
Passé les abattements, les droits de donation frappent la part taxable selon un barème progressif par tranches. Toujours d’après la même fiche du service public, la ligne directe suit sept paliers :
- Jusqu’à 8 072 € : 5 %.
- De 8 073 € à 12 109 € : 10 %.
- De 12 110 € à 15 932 € : 15 %.
- De 15 933 € à 552 324 € : 20 %.
- De 552 325 € à 902 838 € : 30 %.
- De 902 839 € à 1 805 677 € : 40 %.
- Au-delà de 1 805 677 € : 45 %.
Prenez un parent qui transmet 250 000 € à son enfant, sans donation antérieure. La base taxable tombe à 150 000 € après abattement. Le calcul par tranches donne environ 28 194 € de droits, soit un taux effectif proche de 11 % sur la somme reçue.
Le même parent qui aurait fractionné en deux donations espacées de quinze ans aurait effacé une bonne partie de cette note. Le coût fiscal ne dépend pas du patrimoine transmis, mais du rythme auquel vous le transmettez.
Autre point : le barème s’applique après cumul de toutes les donations antérieures encore comprises dans le délai de quinze ans. Une deuxième donation ne repart jamais de la tranche à 5 %. Elle se greffe au sommet de ce qui a déjà circulé entre les deux mêmes personnes, et supporte donc le taux marginal atteint par l’ensemble.
Choisir la forme adaptée au bien donné
La nature du bien commande la procédure. Quatre montages couvrent la quasi-totalité des situations familiales.
Le don manuel
Remettre de l’argent, un bijou ou des titres de la main à la main constitue un don manuel. Sa validité juridique ne dépend d’aucun acte, mais le bénéficiaire doit le porter à la connaissance de l’administration fiscale pour dater l’opération. Sans déclaration, le point de départ des quinze ans devient impossible à prouver au décès du parent.
L’acte notarié
Tout transfert de bien immobilier passe obligatoirement devant notaire, qui rédige l’acte et le publie au service de la publicité foncière. Les émoluments et la taxe de publicité s’ajoutent alors aux droits éventuels.
La donation-partage
Réunir tous les enfants dans un acte unique répartit les biens de votre vivant. La donation-partage éteint la plupart des contestations ultérieures, puisque chaque héritier connaît et accepte sa part au moment de la signature.
Le démembrement de propriété
Céder la nue-propriété tout en conservant l’usufruit reste le levier le plus puissant. Une donation en nue-propriété réduit la valeur taxable, car elle ne porte que sur une fraction du bien déterminée par l’âge de l’usufruitier. Vous continuez d’habiter le logement ou d’encaisser les loyers. Au décès de l’usufruitier, l’enfant récupère la pleine propriété du bien sans nouvelle taxation, puisque l’usufruit s’éteint de lui-même. Ce mécanisme s’applique aussi aux parts de pierre-papier, une piste développée dans notre analyse du rendement et de la fiscalité des SCPI.

Le compteur de quinze ans, votre vrai levier
Toutes vos donations aux enfants s’additionnent tant que le délai de quinze ans n’est pas écoulé entre le premier et le dernier acte. Ce rappel fiscal neutralise les découpages artificiels : trois virements de 40 000 € en cinq ans consomment bien 120 000 € de franchise, pas trois fois 100 000 €.
L’arithmétique récompense donc les parents qui commencent tôt. Un couple qui donne une première fois à 55 ans, une deuxième à 70 ans, puis une troisième à 85 ans transmet 600 000 € par enfant en franchise de droits, hors don familial d’argent.
Le rythme prime donc sur le montant unitaire. Deux parents de 50 ans avec trois enfants disposent d’une capacité immédiate de 600 000 €, reconstituée à 65 ans, puis à 80 ans. Inscrire ces rendez-vous dans un calendrier familial vaut mieux que tout arbitrage improvisé après un accident de santé.
Attendre 75 ans pour signer sa première donation réduit mécaniquement cette capacité à un seul cycle. Le patrimoine restant subira alors les droits de succession au décès, sur des bases identiques.
Pour les capitaux qui ne rentrent pas dans ces cycles, l’assurance vie offre un second canal, avec ses propres seuils et sa bascule d’âge détaillée dans notre article sur la fiscalité de la transmission après 70 ans.
Les garde-fous avant de signer
Une donation est irrévocable. Ce principe, quasi absolu en droit français, interdit de reprendre le bien parce que la relation s’est tendue ou que votre situation financière se dégrade.
Trois vérifications s’imposent avant tout rendez-vous chez le notaire :
- Gardez de quoi vivre : votre train de vie et vos dépenses de dépendance passent avant l’optimisation fiscale.
- Respectez la réserve héréditaire : la loi protège une fraction du patrimoine au profit de chaque enfant, et un enfant lésé peut agir au décès.
- Anticipez les revenus futurs : les loyers, dividendes ou intérêts produits par le bien donné deviennent imposables chez l’enfant, au régime décrit dans notre article sur le prélèvement forfaitaire unique.
L’équilibre entre enfants mérite un examen à part. Une donation consentie à un seul d’entre eux se rapporte en principe à la succession, sauf si l’acte lui donne une autre qualification. Formaliser cette intention par écrit, plutôt que la laisser implicite, épargne des années de conflit entre frères et sœurs.
Une transmission anticipée mal calibrée coûte souvent plus cher qu’une succession bien préparée. Le bon dosage se mesure au regard de votre espérance de vie, de vos besoins et du nombre d’enfants concernés.

Prochaine étape : listez vos donations passées avec leur date exacte, puis calculez la franchise réellement disponible enfant par enfant. Ce tableau de bord, actualisé tous les cinq ans, suffit à piloter la suite.